Retour d’expérience
Huis clos sur le Net a suscité le débat. Cette opération a ouvert la porte à de nombreuses questions et réflexions. C’est à mes yeux l’une des réussites de ce projet. Plusieurs enseignements me viennent à l’esprit face à cette expérience professionnelle et humaine.
Bien entendu, il s’agit d’une expérience. Pendant près d’une semaine, nous avons travaillé uniquement sur base des réseaux sociaux. Ce qui représente des conditions artificielles d’utilisation. Facebook et Twitter sont initialement des vecteurs de communication de plus en plus utilisés comme canaux d’information.
L’initiative a mis en avant les nombreux avantages des réseaux sociaux. La fonction d’alerte constitue l’un des principaux apports. La possibilité de dénicher des contacts est l’autre force de ces outils. Il est également possible d’interroger les contributeurs pour obtenir des précisions et des éclairages sur les informations qui circulent. Facebook et Twitter sont de précieuses sources dans les situations où les citoyens n’ont plus accès aux autres médias comme en Iran ou en Haïti.
En revanche, il existe un certain nombre de limites. Facebook est trop souvent employé dans sa dimension ludique. Sur Twitter, la taille des messages restreint la vision du monde en 140 caractères. Il est donc très difficile de dépasser la simple annonce, la « breaking news » ou la déclaration laconique. La hiérarchie de l’information est également différente des médias dits « traditionnels » avec un mode plus horizontal que vertical.
La question est aussi de savoir ce qui fait la Une dans les réseaux sociaux. La quantité d’informations et la multitude de contributeurs ne sont pas toujours représentatives de la pertinence de telle ou telle actualité. Ce n’est pas parce qu’une information est souvent relayée ou « retwittée » qu’elle fait les grands titres de la presse. Dans les réseaux sociaux, il existe une surreprésentation des « soft news » sur les actualités politiques, économiques et internationales. Ces canaux offrent néanmoins une source appréciable pour les informations liées aux nouvelles technologies.
La notion de temps est l’un des éléments marquants des réseaux sociaux. Il existe une contradiction entre la rapidité du dispositif et le côté chronophage de son utilisation. Cela demande beaucoup de temps pour recueillir, trier, vérifier et croiser les informations. En parallèle, constituer un réseau de contacts fiables et variés engendre aussi un long processus.
Au regard des points forts et des faiblesses, il me semble que les journalistes devraient continuer à explorer les réseaux sociaux pour mieux les maîtriser. Leur utilisation souligne une nouvelle fois l’importance des règles fondamentales de notre métier. En parallèle, c’est aussi aux internautes de jouer le jeu en apportant une contribution citoyenne.
Lors de l’opération Huis clos sur le Net, j’ai été frappé par les tensions qui existent entre les « médias traditionnels » et les « nouveaux médias ». Les méfiances mutuelles sont encore présentes des deux côtés. Il paraît important de dépasser cette « guerre » d’un autre temps.
De nombreux médias anglophones ont intégré les réseaux sociaux, dont la BBC, CNN ou The Guardian. C’est au tour des médias francophones de prendre le train en marche. L’expérience mise en place par les Radio francophones publiques est le point de départ d’une nouvelle aventure.
Nicolas Willems
https://twitter.com/nicolaswill
